Voici un petit travail sur Meyerhold et la place de la musique dans son théâtre.
Lorsqu’on parle du théâtre russe du début du XXe siècle, on pense généralement au Théâtre d’Art de Moscou et à Konstantin Stanislavski. Pourtant, on oublie trop souvent Vsevolod Meyerhold, son ancien élève, artiste subversif du théâtre de l’avant-garde russe. Son oeuvre est tombée dans l’oubli pendant près de 30 ans après sa mort en 1940, à cause de la censure stalinienne. Cependant, grâce à certains de ses élèves qui ont archivé ses notes dans le secret (dont l’un d’eux est le cinéaste Sergueï Eisenstein), son théâtre visionnaire a refait surface après la mort de Staline dans les années 70. Certains artistes russes, tels que Gennadi Bogdanov ont repris le flambeau et enseignent l’entraînement pour acteurs que Meyerhold a mis au point durant ses années de recherche, soit des années du Théâtre-Studio (1905-1907) à l’Octobre théâtral (la réplique théâtrale de la révolution socio-politique, années 20): la biomécanique. De Meyerhold, on retient l’avant-gardisme de ses techniques de mise en scène, le rapprochement de la scène et de la salle avec le retour du proscenium, la participation du spectateur en tant que 4e créateur, la biomécanique et l’élaboration d’un théâtre théâtral, soit le théâtre de la convention qui rejette toute forme d’illusionnisme et qui affirme l’aspect théâtral, artificiel de la vie scénique. Pas étonnant que l’homme de théâtre Peter Brook le qualifie de «Shakespeare de la mise en scène». À travers l’ensemble d’une oeuvre aussi chargée et innovatrice, la musique est omniprésente. On dit même de ses pièces que ce sont des «symphonies théâtrales». C’est à cet aspect que je désire m’attarder dans cette analyse. À travers son parcours artistique et ses filiations avec les courants symbolistes et constructivistes, la musique a toujours été une référence dans l’élaboration de son langage théâtral. Pour Meyerhold, il existe un espace plastique et un espace sonore au théâtre et l’une des tâches qu’il se fixe à titre de metteur en scène est l’organisation du rapport entre les deux. Le contrepoint, la polyphonie, le rythme, la variation des dynamiques sont autant d’éléments musicaux récupérés par la biomécanique et les mises en scène de Meyerhold. Les analogies textuelles entre l’art théâtral et l’art musical sont omniprésentes dans ses notes. D’ailleurs, la fin de sa carrière a été consacrée à une majorité d’oeuvres du répertoire lyrique et tout au long de sa vie, il a entretenu des relations amicales avec les plus grands musiciens de son époque, tels que Scriabine et Chostakhovitch. (Lire la suite…)

